mardi 06 mai
45. " und schalte dein Gehirn auf Stand-by "
Je reviens un peu. Peut-être plus. Je ne sais pas trop encore.
Les derniers mois ont été assez chargés en événements, en émotions.
La prépa, toujours.
Mais aussi ce Noël un peu particulier, que je devais passer chez mes grands-parents, seule. Mais auquel ma mère nous a rejoints, au dernier moment, en partant précipitamment de chez elle le 24 décembre, vers 3 heures du matin pour arriver vers 7 heures chez ses parents, qui n’étaient au courant de rien. Elle venait de se disputer avec son compagnon. De le quitter même. D’où le départ précipité. Pendant la dispute, elle avait cassé son téléphone en le lançant contre le mur. De ce fait, elle n’eut le moyen de joindre personne lorsqu’elle était en route.
Sans mentionner les risques qu’elle a pris en roulant de nuit, sans avoir dormi, en étant particulièrement énervée par la dispute, avec une voiture dont les pneus étaient bien trop dégonflés, selon mon grand-père.
Mais dans l’ensemble nous avons réussi à passer un bon Noël, et j’étais très contente d’avoir ma mère auprès de moi, en fin de compte.
Globalement, ces mois ont été principalement rythmés, de loin, par ces incessantes disputes entre ma mère et son compagnon… Elle l’a quitté définitivement plusieurs fois, pour se remettre avec quelques jours après. Elle a pris un studio au mois de février. Sur un coup de tête. Mais elle n’y est même pas restée une semaine. Elle a pris un petit appartement en mars, comptant déménager définitivement. Elle y est allée occasionnellement. Une sorte de repli en temps de crise. Aujourd’hui, elle m’a appris qu’elle avait résilié la location. C’était de l’argent jeté par les fenêtres.
À chaque fois que j’en parle, je me rends compte que je suis encore assez dépendante des histoires de ma mère. Je fais ce que je peux pour m’en détacher… Mais depuis qu’elle a emménagé avec lui, mes soucis la concernant sont revenus en puissance. J’ai peur qu’elle fasse une bêtise.
Et de mon côté, je m’écrase. Je ne vais pas très bien. Mais je le cache. Je ne veux pas qu’elle se fasse du souci pour moi, qu’elle culpabilise.
Je fais semblant. Je continue mes bêtises à moi.
En ce moment, j’ai un peu plus de temps, et je me demande si je ne devrais pas reprendre contact avec la psy, que je n’ai pas vue depuis juin dernier, ou en trouver un autre. Je ne sais pas si c’est une bonne idée… Mais je me dis que ça ne me coûtera pas beaucoup d’essayer.
Au point où j’en suis...
Pour en revenir à la prépa… ça n’a pas toujours été difficile… j’ai eu souvent envie de partir. Je me suis demandé à quoi tout cela pouvait bien servir. Mais je suis restée. Une des raisons est que je ne voulais pas laisser mon professeur d’allemand tout seul. Là, encore, j’ai plus l’impression de vivre pour d’autres personnes que pour moi.
J’ai passé les deux dernières semaines à passer le concours de l’ENS-LSH. Ce fameux concours. À moins d’un miracle, je ne m’attends pas à des résultats brillants. Mais au moins, c’est passé.
D’ailleurs, pour la petite histoire, nous avons eu le droit de composer un matin supplémentaire. Quelqu’un s’est amusé à lancer une fausse alerte à la bombe dans un des centres d’examen, à Paris, alors que l’épreuve de Lettres n’était pas terminée. Il s’agit probablement de quelqu’un qui n’a pas apprécié que le sujet tombe sur Quelque chose noir, l’œuvre de Jacques Roubaud, poète contemporain, dont certains avaient visiblement négligé l’étude.
L’épreuve a été annulée, et nous avons été invités à recomposer un samedi matin, pour repasser cette épreuve (cette fois-ci sur Stendhal, et La Chartreuse de Parme).
Le genre de surprise que j'adore.
J’ai trouvé ça vraiment dommage, écoeurant, épuisant,...
Je ne m’attarderai pas plus sur cette histoire, mais si vous voulez en savoir un peu plus, François Bon en parle dans son article Roubaud fait la bombe.
Après les épreuves, nous avons eu droit à une petite semaine de repos. Je n’ai pas fait grand chose. J’ai plutôt été une larve.
Je suis allée au cinéma, voir Lost Highway de David Lynch, que je n'avais jamais vu avant, et Un ange à ma table de Jane Campion, diffusés lors d’un petit festival consacré cette année à la Folie, organisé par une association de cinéphiles, près de chez moi.
J’ai soigné mon appareil et j’ai pu à nouveau faire quelques photos.
J’ai essayé de profiter du beau temps, et j’ai passé le 1er mai avec une amie sur la plage. (comme tant d’autres gens !).
J’ai retrouvé une connexion permanente à internet. (je m’en étais volontairement débarrassée pour m’empêcher d’y perdre trop de temps.) Je ne sais pas si c’est une bonne chose… je vais faire de mon mieux pour me limiter.
Et demain je reprends les cours, en version allégée.
L’année touche à sa fin.
J’essaie d’émerger lentement. De (re)prendre ma vie en main. De me préparer à la vie après la prépa, que je redoute un peu, mais à laquelle je ne peux pas échapper finalement.
Après trois ans, il serait temps !


Baie des Anges, goéland, et soleil couchant. 03.05.08. (On fait ce qu'on peut.)
lundi 04 février
44. à la dérive...

lundi 17 décembre
43. at first sight #2 : Do you believe in fate ?
Je ne sais plus trop ce qui m’a fait aller à la librairie ce jour-là, à ce moment précis.
Ni vraiment ce qui m’a fait me diriger, après le rayon philosophie, vers le rayon photographie.
C’était juste pour voir.
Il y avait déjà quelqu’un à ce rayon. J’avais essayé de me faire discrète, comme souvent dans ce genre de situation, pour ne pas me faire remarquer, et ne pas le déranger. Mais il s’était quand même un peu déplacé.
J’observais attentivement les livres du rayon… Des livres concernant la musique en fait. Les livres sur la photo avaient été décalés de deux rayons sur la gauche.
Je regardais encore un peu les livres, histoire de traîner encore un peu avant d’aller m’enfermer à la bibliothèque.
J’ai pris un livre, afin d’y jeter un petit coup d’œil. Juste pour voir. Il avait l’air rigolo.
Et là, celui que j’avais vu en arrivant vers ces rayons, a commencé à me parler.
À propos du livre que j’étais en train de regarder. Avec un accent que je ne connais pas.
Son visage était très typé. J’aurais pensé qu’il était métis, avec des origines asiatiques, peut-être de la Chine ou du Vietnam.
La discussion vite dérivé. Après avoir parlé de mes origines, j’ai appris qu’il était russe, qu’il était musicien, guitariste de jazz même. Il m'a demandé si je connaissais, si j'en écoutais. Ce à quoi j'ai répondu que dans le jazz, je ne connais guère que Keith Jarrett, que j’aime bien, mais que je n’ai aucun mérite, parce que c’est « un copain » qui m’avait fait découvrir.
Drôle de coïncidence quand même.
Au moment où il devait partir, il m’a dit au revoir une première fois. Et m’a parlé de mon « visage limpide ». A part « merci », je n’ai pas trouvé grand chose à dire. D’autant plus que j’avais peu dormi la veille (pour cause de DS de philo). J’avais plus l’impression d’avoir plus l’air très fatigué que « limpide ». (Après coup, j’ai réalisé que c’était sûrement le plus beau compliment que l’on m’ait jamais fait.)
Il a failli partir comme ça, me souhaitant une bonne continuation dans mes projets… mais finalement… je l’ai suivi… il y avait chez lui des livres dont il comptait se débarrasser, et qui pouvaient m’intéresser. Je ne sais pas pourquoi, mais je me sentais en confiance. Il préférait me donner ces livres plutôt que de les jeter.
Chez lui, ça n’a pas duré très longtemps. Il a cherché les livres. En vain. Apparemment, ils sont dans un carton dans la cave. Il se sentait très embarrassé de ne pas les avoir à portée de main. Peur de passer pour un baratineur peut-être. Il a aussi trouvé le temps de me démontrer la supériorité des pigeons par rapport à l’homme. Et puis il a dû se rendre à une répétition. Il était déjà très en retard.
On s’est échangés nos numéros de téléphone, à la va-vite, devant sa voiture. Et il m’a dit qu’il m’appellerait.
Je me sentais toute bizarre sur le chemin du retour, me demandant dans quoi j’étais en train de m’embarquer.
C’était il y a un mois. Un mercredi.
Le lendemain, j’ai reçu un message. Même deux en fait, puisque j’ai répondu, et qu’il a répondu. Le surlendemain il m’a appelée.
Une semaine après, nous nous sommes revus. Il avait un concert quelque part.
Il avait ce regard… un regard que je serais incapable de décrire, mais qui en dit bien plus que n’importe quelle phrase. Un regard qui me faisait un peu peur, quand même…
Il m’a même avoué : « Tu sais, l’autre jour, quand on s’est rencontrés, et que j’étais dans ma voiture pour aller à ma répèt… C’est presque comme si je regrettais d’y aller, que je n’avais pas envie… Je sais que je ne devrais pas te le dire, mais j’ai eu peur de ne plus jamais te revoir. »
Heureusement qu’il faisait sombre dans la voiture… Sinon il aurait pu voir à la couleur de mes joues combien j’étais gênée…
* *
*
Le lendemain, je ne savais pas trop quoi penser… C’était peut-être allé un peu trop vite… J’avais peut-être manqué de prudence. (en fait, ça, c’est même sûr.) Je m’étais sentie un peu étouffée sans vraiment l’être… Ce n’était peut-être pas une bonne idée… Surtout que… le côté « musicien passionné » on avait dit plus jamais… (Ce que je trouve assez étrange d’ailleurs… un homme me tombe du ciel… et en plus, c’est un musicien… à croire que... ). Et puis à la base, je ne comptais pas me remettre avec quelqu'un avant longtemps.
Mais j’en ai parlé avec une amie… Je me suis rendue compte de certaines choses… Par exemple qu’il possède des qualités non négligeables… Sa façon de dire les choses… Les mots qu’il emploie... Je ne sais pas trop comment dire… Et puis d'autres choses aussi, qui font que... bref. Il y a un truc.
Je me suis donc dit que j’allais laisser passer un peu de temps.
Et j’ai bien fait.
Ça n’a fait que se confirmer au fil de nos rencontres. Je me sens vraiment bien avec lui. Et c’est réciproque.
C'est peut-être un peu cliché de dire ça, mais j'ai l'impression que nous sommes sur la même longueur d'onde... Il y a vraiment quelque chose...
* *
*
(Voilà. Je pourrais m’arrêter ici… ça ferait déjà une jolie histoire… la rencontre due au hasard… une histoire qui marche… moi qui reprends confiance, alors que je pensais qu’il valait mieux que je finisse ma vie toute seule… C’est déjà pas mal… mais le "meilleur" reste à venir…)
Hier matin, enfin… hier en début d’après-midi, je m’apprêtais à rentrer chez moi, après avoir pris le petit-déjeuner chez lui.
On a dû passer près d’une heure chez lui devant la porte, à se dire au revoir, à discuter, à ne pas réussir à se lâcher…
Et je me suis lancée… Je voulais lui demander quelque chose, c’était une question que je me posais depuis quelques temps… En fait, je ne connaissais pas son âge…
A la base, je ne porte pas beaucoup d’attention à ce genre de détail… Mais j’étais intriguée, parce que… d’un côté il fait quand même bien jeune (physiquement, et aussi dans certains autres aspects) mais de l’autre, il a l’air d’avoir fait quand même pas mal de choses dans sa vie (études en tout genre, voyages, boulots, expérience) et ça fait déjà quelques années qu’il habite ici… Je ne savais pas trop… Pour ne pas me mouiller, j’avais une estimation assez large, entre 25 et 30 ans… Mais son « expérience » me faisait plus tendre vers les 30 que les 25… Bref. Je n’en avais aucune idée… Je voulais donc savoir.
En fait, il a 31 ans. (Et se trouve vieux. Mais sait qu’il fait plus jeune que son âge.)
Je lui ai ensuite demandé sa date de naissance. ("Et t’es né quand ?") Pour dissiper un peu l’éventuelle gêne (qui n’était peut-être que dans mon imagination.) et surtout parce que j’aime bien connaître les dates de naissance des gens.
Et là…. cerise sur le gâteau… il m’a répondu, de la façon la plus naturelle qui soit (ce qui est normal, évidemment) :
- Le 22 mars…
(blanc.)
Yeux écarquillés, air incrédule, surpris, étonné : naaaaaan ! ce n'est pas possible !
Puis je l’ai cru. En même temps, je ne vois pas pourquoi il m’aurait raconté des histoires… de toute façon, il ne connaissait pas le mien d’anniversaire… Il ne pouvait pas le connaître.
Il m’a montré son permis, sa carte d’identité. Sa date de naissance correspond bien à la mienne. (Et à celle de So., par la même occasion.) Bon, à quelques années près… mais quand même !
Ce qui rend cette histoire encore plus spéciale !
Ça lui donnerait presque une dimension fantastique…
C’est vraiment étrange… et j’ai encore du mal à m’y faire… D’ailleurs, je sais que quand je vais le revoir, il va falloir que je lui redemande… que je vérifie que je n’ai pas rêvé… Parce que ça fait vraiment, vraiment, vraiment bizarre…
Déjà les circonstances de notre rencontre… (on aurait pu se rater… on aurait pu ne jamais se parler… mais il m’a abordée ! ) Mais qu’en plus, on soit nés le même jour ! (lui vers 1 h du matin passée de je ne sais plus combien de minutes… moi, quelques années plus tard, à 5h52)
Je vais finir par croire au Destin, ou à quelque chose dans le genre…
Fate is gonna find your love in a glass of champagne...

Etrangement, je me suis remise à écouter beaucoup de Jeff Buckley... et j'ai cherché ces deux vidéos d'un Live à Glastonbury, en 1995...
What will you say, Mojo Pin
mardi 11 décembre
42. Sehnsucht.
Ces moments se font de plus en plus rares, pour ne pas dire quasi-inexistants.
Parce qu’il n’aime pas trop. Qu’elle me ramène, toute seule, en voiture, le dimanche soir. Selon lui, je peux bien prendre le train ou le bus. Je suis une grande fille.
Pourquoi ? Ma mère suppose qu’il est jaloux de notre intimité. Parce qu’il n’a pas l’exclusivité. Ou parce qu’il n’a pas la même avec ses filles à lui.
Et puis... je suis un peu la manifestation physique de ce passé sur lequel elle a dû plus ou moins tirer un trait depuis qu’elle est avec lui.
Bref, pour être tranquille, il lui faut une raison valable pour me raccompagner. (sac vraiment lourd, grève des trains, etc.).
Hier soir, elle avait une répétition de chant, vraiment tout près de chez moi.
Et elle a pu me ramener chez moi.
Ce n’est plus très souvent que nous nous retrouvons seules, comme ça, que toutes les deux. Alors nous en profitons pour parler un peu. De choses et d’autres, banales ou un peu plus intimes.
Elle m’a demandé si j’avais des nouvelles de P. Alors j’ai évoqué quelques traits de la discussion que j’avais eue au téléphone avec mon père, après qu’il m’avait posé la même question.
En gros, je disais que je préfère une séparation nette et précise plutôt qu’une situation qui s’enlise, où on ne sait plus trop, où on hésite, où ce n’est pas clair. [...] Que les couples qui se séparent pour se remettre ensemble puis se reséparer puis se remettre ensemble, ce n’est pas trop mon truc. (deux fois avec B. ça m’avait suffi.)
- et tu sais combien de fois on s’est séparés ta mère et moi ?
- heuh.... une cinquantaine ? (à moitié pour rire.)
Ma mère a confirmé... “ouhlalala, je ne sais plus combien de fois... mais je n’arrivais pas à le quitter...”
Effectivement, c’était une situation assez compliquée, que je ne m’attarderai pas à évoquer maintenant.
Toujours est-il qu’elle a fini par me confier quelque chose qui m’a vraiment remuée...
“ Tu sais, j’y pense beaucoup en ce moment. Je crois que je n’aurais jamais dû quitter ton père. C’était une grave erreur. Je t’ai fait du mal, j’ai fait du mal à tout le monde. Ça me travaille beaucoup en ce moment, au point de me réveiller la nuit et de m’empêcher de dormir. C’est fou de constater comme ça qu’on ne fait pas forcément les bons choix dans la vie. Qui sait ? ç’aurait pu bien se passer...”
Bon, juste après, il a fallu resituer un peu... pour atténuer un peu les regrets...
En rappelant qu’étant donnée la situation, il était nécessaire de faire un choix, que mon père a sa personnalité de musicien peu présent, pas toujours très aimant en apparence ni affectueux, pas forcément impliqué ni très responsable, surtout à l’époque. Ç’aurait pu marcher quelques mois ou années, puis très vite se dégrader.
On se rassure comme on peut.
Mais/.. j’ai repensé avec un certain pincement au coeur à cette folie que j’avais eue de croire il y a presque trois ou quatre ans qu’ils pourraient se remettre ensemble. (pourtant, j'avais passé l'âge de m'imaginer ce genre de sottises... et leur séparation remontait déjà à plus de dix ans...). Je ne sais plus trop pourquoi, mais j’avais eu une lueur d’espoir... Espoir qui s’est évaporé le jour où mon père m’a annoncé qu’il se mariait avec sa compagne. (pour de sombres histoires d’impôts... une décision très rapide, en très petit comité... alors qu’à la base les deux sont plutôt “contre” le mariage...)
(d’ailleurs, ma mère n’est toujours pas au courant qu’ils sont mariés... et ça fait deux ans ce mois-ci...)
L’approche des fêtes de Noël n’aidant pas, je me questionnais déjà beaucoup en ce moment, à propos de la famille que j’avais, que j’ai maintenant, que j’aurais pu avoir... à propos de ma place entre ces deux familles recomposées, ou plutôt devrais-je dire ma “non-place”... `
Oui... Je sais que je ne devrais pas (et je m'en veux un peu), je sais que quoiqu’il arrive mes parents m’aimeront, chacun de leur côté... mais j’ai vraiment l’impression de ne plus avoir ma place nulle part. Un peu comme une pièce de puzzle devenue superflue parce que son emplacement d’origine a changé de forme et s’est refermé avec une autre pièce.
mercredi 14 novembre
41. at first sight.
Aujourd'hui, on m'a dit que j'avais un " visage limpide ".
(EDIT, le 26 novembre au matin : " more details coming soon..."
Le 10 décembre au soir : finalement pas tout de suite... )
